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Vers une nouvelle politique de défense et de sécurité pour le Sénégal (1ère Partie).

Posté par: Abd El Kader Niang| Vendredi 21 mars, 2014 00:02  | Consulté 6881 fois  |  11 Réactions  |   

L’État du Sénégal se doit de repenser la politique de défense et de sécurité qui, jusqu’ici, a prévalu. L’environnement sécuritaire n’étant plus le même, vu l’apparition d’acteurs non-étatiques exerçant une violence armée transnationale (réseaux terroristes, groupes armés, mouvements séparatistes, bandes criminelles opérant en zones transfrontalières etc.) et constatant l’érosion du monopole de la contrainte physique légale dans certains pays de la sous-région ouest-africaine (Mali, Mauritanie, Guinée-Bissau etc.), il urge alors pour le Sénégal de redéfinir le paramètre et l’objectif des missions jusqu’ici dévouées à nos forces de sécurité et de défense.

Le schéma classique de la défense nationale tel qu’actuellement conçu veut que nos forces de défense et de sécurité ne se bornent qu’à assurer l’intégrité du territoire national et la protection des citoyens sénégalais à l’intérieur de nos frontières. La nature des dangers qui peuvent présentement constituer une menace réelle pour la sécurité du Sénégal et de ses citoyens exigent de l’État du Sénégal une politique sécuritaire beaucoup plus préventive et axée sur une stratégie de dissuasion adéquate. Pour ce faire le gouvernement devra d’une part mettre l’accent sur la coopération entre les différents services de l’État et sur la coordination entre l’armée, la police et la gendarmerie. D’autre part il s’agira pour le gouvernement d’augmenter la taille des effectifs en service dans les forces de sécurité et de défense. Il est en effet très risqué pour la sécurité intérieure du Sénégal que d’avoir une police et une gendarmerie qui fonctionnent en sous-effectif. Si l’actuel gouvernement est en mesure d’employer 3000 volontaires civils au sein de ce qui s’appelle « Agence Nationale d’Assistance à la Sécurité de Proximité », cela veut dire que ce même gouvernement est en réalité capable de recruter 3000 policiers ou gendarmes supplémentaires pour assurer la sécurité des citoyens en lieu et place de simples civils, dont le critère de recrutement semble être plus l’appartenance politique que l’aptitude professionnelle. Il n’est pas trop tard pour dissoudre cette milice et corriger cette forfaiture. On peut bel et bien lutter contre le chômage des jeunes sans pour autant trahir le principe abstrait de l’objectivité républicaine qui régit le fonctionnement de l’État du Sénégal. Une reconfiguration du génie militaire et une redéfinition de la mission des forces armées sénégalaises peuvent en effet aider le gouvernement à trouver des solutions efficaces pour régler le problème du chômage structurel des jeunes et le déficit de main-d’œuvre qualifiée dans certains domaines. 
Je veux dire par là que le génie militaire peut à la fois servir de centre de formation professionnelle et d’entreprise de BTP avec des marchés publics et privés au Sénégal comme à l’étranger.

Le présent concept combiné à l’instauration du service militaire obligatoire pour tout citoyen sénégalais âgé de 18 ans avec un délai de conscription de 24 mois suivant la formation de base, peut dans le court et moyen terme rendre la jeunesse sénégalaise plus apte à relever le défi du développement économique et social. Ainsi aura-t-on d’une part une Armée pourvoyeuse d’emplois dans des secteurs aussi bien variés que les BTP, l’immobilier, les NTICS, le textile, l’agroalimentaire, les énergies, les transports etc. ; et d’autre part des militaires qui seront ouvriers en temps de paix et soldats en temps de guerre. Les forces armées seront intégrées dans le tissu socio-économique national et pourront de ce fait contribuer à l’envol économique du Sénégal. En plus des crédits publics accordés dans le cadre de la loi de finances, les forces armées auront une certaine autonomie financière qui servira à financer les retraites, les programmes de logements, les assurances et les prises en charge en cas d’invalidité.

La stratégie de défense nationale reposera sur une fusion intelligente entre le concept de conscription et celui d’armée de métier.

Le gouvernement prendra alors une mesure portant création d’au moins d’un lycée militaire dans chaque région du Sénégal. L’enseignement des sciences et techniques ainsi qu’une pratique intensive du sport occuperont une place importante dans le programme éducatif de ces établissements.

En conséquence à la création d’une quinzaine de lycées militaires, le gouvernement créera une demi-douzaine d’écoles supérieures polytechniques réparties sur toute l’étendue du territoire national pour absorber les meilleurs bacheliers aspirant à service dans les rangs de l’Armée en tant qu’ingénieurs ou techniciens supérieurs.  

Afin de garantir le caractère neutre et impartial des forces armées, les militaires et les paramilitaires seront privés de vote. En effet l’octroi du droit de vote aux membres des forces de sécurité et défense, peut mettre en danger le fonctionnement des forces armées aussi au niveau horizontal, qu’au niveau vertical. En d’autres termes il peut y avoir soit une friction entre les corps les plus proches du pouvoir politique (Gendarmerie Nationale, Garde Républicaine, Police Nationale etc.) et ceux qui le sont moins (Armée de Terre, Armée de l’air, Marine, Sapeurs-Pompiers etc.) ou soit une distorsion de la chaîne de commandement entre la haute hiérarchie et la troupe. 

Par delà la garantie des intérêts vitaux du Sénégal à savoir la défense de l’intégrité du territoire national, de l’indépendance et de la souveraineté internationale du Sénégal  et la protection des citoyens sénégalais, la nouvelle politique de défense et de sécurité du Sénégal prendra en compte l’aspect économique, culturel, commercial et écologique des intérêts du Sénégal (intérêts stratégiques).

Abd El Kader Niang

Diplômé en Sciences Politiques

 

 

 

 

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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Commentaires: (11)
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Ahmed En Mars, 2014 (00:49 AM) 0 FansN°:1
Avant tout , je salue votre engagement à vouloir contribuer au développement de votre pays , le Sénégal.
Vous avez soulevé le manque d'effectif nécessaire pour assurer la sécurité nationale .Cette insécurité personne ne nie, mais ce qui l'a occasionné est le manque de budget qu'on pourrait allouer à la défense. Ceci explique la raison pour laquelle l’État recrute des gens qui n'ont pas fait une formation de défense pour palier ce manque.(Ces agents ont fait une formation en droit de quelque jours pour avoir quelques notions sur le droit sécuritaire)
M.Niang, cette politique de l’État nous rappelle au système de vacation aussi bien dans le milieu de la santé que de l'éducation.C'est dans ce dernier où ce système est plus connu.On a appliqué cette politique car on paie moins. Là où on payerait un policier formé avec son diplôme en poche, on peut payer 3 agents de sécurité.A la place d'un professeur de collège ou lycée titulaire, on peut payer 2 professeurs .
Merci d'avance et bonne continuation
Mooo En Mars, 2014 (14:22 PM) 0 FansN°:2
La meilleur forme de défense et de sécurité c'est: assez de riz;la bouffe ! théép il nous faut assez de théép !Si tout le monde mange à sa faim dans ce pays,tout le reste viendra.Créativité,invention,génie et tout le reste donc battons nous pour assez de bouffe pour tous et que l'éducation devienne obligatoire pour tout enfant jusqu'à 14 ans !
Mooo En Mars, 2014 (15:35 PM)0 FansN°: 1230505
Mooo, les chose ne se passe pas comme cela. Pour avoir du "riz" il faut travaillé, j'entend pas là l'auto-emploi et ne pas tout atendre de l'Etat. L'Etat n'a pas à te donner à manger, il doit mettre juste les condition de sécurité te permettant de travailler en paix
Mooo En Mars, 2014 (20:19 PM)0 FansN°: 1230529
N'importe quoi ! Ta réflexion est complètement tordue mon pote ! Moi je persiste et signe ! Du riz ! du riz ! théép d'abord et en abondance avant toute chose ! Sinon pas de développement pas !
Anonyme En Mars, 2014 (15:51 PM) 0 FansN°:3
Un seul mot BRAVO!
c'est une plaisir de voir ce type de réflexion.
Je ne peux m'empêcher de penser que nous sommes dans la bonne direction.

En complément de vos dires, j'ajouterai qu'une bonne défense du pays doit s'intégrer à une défense Ouest Africaine.

Toute menace contre un Etat Ouest Africain doit être traitée comme une menace sur l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Les moyens financiers, humains et techniques doivent pouvoir être mutualisés pour plus d'efficacité.

Le Mali ne serait pas dans cette terrible situation si elle avait demandé l'intervention de l'Ecomog au début du conflit en Libye. Il était prévisible que la Crise Libyenne allait avoir des conséquences soit au Mali, Soit au Niger.

Nous avons besoin de deux politiques de Défense:
Une au niveau local et une autre au niveau de l'Afrique de l'Ouest.
Peezy En Mars, 2014 (16:16 PM) 0 FansN°:4
je salue l'initiative d'apporter une pierre à l'édifice. Je suis dans le fond en accord avec votre analyse sous bien des aspects notamment l'utilité de rédéinir un porjet sécuritaire englobant la sécurité globale et la sécurité interne. Par contre je reste dubitatif sur l'étendue de la réforme dans le domaine militaire. Sujet trés sensible et oublié qu'est la sécurité/défense, je suis pour un renouveau des dispositifs et des caadres d'analyses de nos forces. toutefois je suis d'avis qu' un développement économique ne se fait que de manière systèmique à savoir essyaer de booster tous les socles de l'économie. nonobstant les inquiétudes sécuritaires, je suis pas pour l'idée des lycée militaires, ni celle du service militaire obligatoire. Si le sénégal a su maintenir un semblant de démocratie c'est bien grâce à une force militaire toujours tenue à l'écart de la vie politique (dans le sens aristotélicien bien évidemment). je reste fondamentalement consicent que cette séparation est à maintenir à défaut d'accroitre. Or l'idée qui est votre n'est pas loin d'une démocratisation de la fonction militaire ce qui sur le long terme désacraliserai la fonction militiare.
Enfin bref je suis pour un renouveau des dispositifs militaires du fait de la faillite de l'Etat dans sa mission régalienne de sécurité, de l'apparition de nouveaux dangers transnationaux et de ce que j'ose admettre comme l'appartition d'acteurs nonétatiques et illégitimes...
Sadaga Diop En Mars, 2014 (18:47 PM) 0 FansN°:5
L'occident continue de faire croire à nos gouvernants et nos peuples que nous avions toujours besoins d'Armées Nationales. En ce qui concerne le Sénégal, à moins de vouloir satisfaire aux demandes de l'ONU pour différentes missions, notre pays pourrait se passer de beaucoup de militaires. Il faudrait simplement que nous ayons un cantonnement à Kaolack ou à Kafrine, une à Sokone, une à Ziguinchor ou à plus de dix kilomètres de cette ville vers la Guinée Bissau, une à Podor et Saint-Louis et deux autres à Tambacounda et Kédougou. Ces cantonnements de para commando, Fusiller- marins, bataillons de chars ne compteraient pas plus de 4000 hommes, Officiers, Sous/officiers et soldats du rang. Nous avons plus besoins de policiers aguerris aimant ce boulot, de gendarmes et gardes pénitentiaires que de Militaires plus utiles à l'ONU qu'au peuple, concrètement, sinon les primes qui permettent de se construire au moins une villa après deux ans de mission. Comment le Costa Rica a fait pour ne pas avoir d'armée nationale depuis des décennie, et a décidé d'investir dans la santé et l'éducation ?
Anonyme En Mars, 2014 (19:35 PM) 0 FansN°:6
L'idee de changer l'utilisation du Genie est tres pertinente. Au USA c'est le genie qui produit 20% de l'electricite par exemple.C'est vrai qu'ils peuvent constituer un corp d'apprentissage et participer a la construcion du pays.
Pour ce qui s'agit de la gendarmerie,il devrait sortir de dakar et des autres villes pour securiser la campagne et les frontieres.le temps d'ue armee parallele pour proteger le President de la republique est revolu.
Et, AQMI nous a bien montre que l'articulation et la structure de l'armee actuelle n'est pas adequate m : ils ont occuper le Mali et le Niger avec des unites mobiles et legeres (4x4 equipes de mitraillleuses).On a pas les moyens d'unites blindees avec une puissance de feu significatives. Il faut revoir les options.

Merci pour la belle analyse et les Bonnes solutions proposees.
Maria de Gonzalès En Mars, 2014 (14:45 PM) 0 FansN°:7
Merci à cet internaute qui a bien voulu donner l'exemple de mon beau pays. Le Sénégal, pays de paix que j'ai eu la chance de visiter a tout pour avoir un pays sans armées et où la police assurerait la sécurité sur le plus petits espace parce que le peuple est lui même très pacifique.


Le Costa Rica, un Pays Sans Armée

Il y a plus de 60 ans maintenant que ce petit pays d’Amérique centrale, le Costa Rica, abolissait son armée. Une décision rare qui lui a permis d’investir dans l’éducation et la santé.


C’était le 1er décembre 1948, au lendemain d’une courte guerre civile qui fit plusieurs centaines de morts et dont le leader social-démocrate José Figueres Ferrer sortit vainqueur. Après deux mois de combats, celui qu’on appelle plus communément « Don Pepe » prit la tête d’un gouvernement provisoire et après avoir annoncé la nationalisation des banques, il décréta l’abolition de l’armée.

« Supprimer l’institution militaire répondait à une nécessité politique. L’armée était divisée, l’éliminer permettait d’éviter tout risque de renversement du pouvoir, explique Daniel Matul, professeur de sciences politiques à l’université du Costa Rica. Cela dit, ce n’était pas la raison principale et abolir l’armée était avant tout une décision visionnaire. En à peine dix ans, l’espérance de vie a décollé, le taux de mortalité due aux maladies bénignes a chuté et l’éducation a fait un bond...
Anonyme En Mars, 2014 (20:05 PM) 0 FansN°:8
idees tipiquement socialiste et moi j apprecie
Anonyme En Janvier, 2017 (11:47 AM) 0 FansN°:9
bravo niang tu sais de quoi tu parles

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Abd El Kader Niang
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