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Une contribution au débat sur la protection civile au Sénégal (1ère Partie)

Posté par: Abd El Kader Niang| Samedi 08 août, 2015 13:08  | Consulté 943 fois  |  0 Réactions  |   

Il aura fallu d’un canular pour mettre à nu les insuffisances et les carences du système de protection et de sécurité civiles du Sénégal. Dieu soit loué que ce ne fut qu’une « simple » plaisanterie de mauvais goût ! Aussi absurde qu’elle puisse être, cette fausse alerte à la bombe doit servir de postulat pour une réflexion profonde quant à l’impérieuse nécessité de redéfinir les missions dévouées aux services de protection civile, et à réorganiser la Brigade Nationale des Sapeurs-Pompiers. Et pour cause bien nombre d’incidents tragiques certes d’ampleur différente mais tout aussi regrettables les uns que les autres ont eu à frapper le Sénégal sans qu’on ne puisse par la suite réellement opérer les changements nécessaires pour le bon fonctionnement de nos services de protection civile. En effet après l’explosion d’une citerne d’ammoniac à l’usine de la Sonacos de Bel-Air en mars 1992 avec presque plus de quarante morts et près de cinq cent blessés et le naufrage du MS Joola en septembre 2002 avec près de deux mille morts selon certaines sources, les pouvoirs publics sénégalais auraient dû prendre des mesures visant à améliorer nos mécanismes de prévention de risques et nos capacités de réaction en cas de situations d’urgence. Il est en fait aberrant qu’après plus de cinquante ans d’indépendance, les Éléments Français au Sénégal, jadis Forces Françaises du Cap-Vert soient les acteurs majeurs dans la gestion des incendies et autres incidents du genre au Sénégal. Et pour exemple, grâce au concours des marins-pompiers français stationnés dans la région de Dakar, plusieurs incendies ont pu rapidement être maitrisés, en ce qui concerne le périmètre de la presqu’île du Cap-Vert. Autant faut-il louer cette collaboration entre nos sapeurs-pompiers et leurs collègues des Éléments Français au Sénégal, autant faut-il déplorer l’incapacité de nos services de protection civile à assurer de par eux-mêmes les missions vitales qui leur sont dévouées. Il ne s’agit ici nullement de remettre en question les compétences de nos sapeurs-pompiers en tant que tels, mais plutôt d’interpeller la tutelle civile, qui assure le commandent sur les forces armées, sur les exigences du moment en termes de sécurité et de protection civiles. Le Sénégal ne peut plus se permettre en l’an 2015 d’attendre le soutien logistique des armées françaises pour venir à bout d’incendies. Et surtout qu’il n’y a pas que les incendies qui constituent un risque réel pour les populations civiles ! Que ferions par exemple – que Dieu nous en protège – en cas de catastrophe naturelle ou d’attaques ennemies?

Le seul fait d’avoir transformé le Groupement National des Sapeurs-Pompiers en Brigade Nationale des Sapeurs-Pompiers témoigne de la mauvaise approche que les pouvoirs publics sénégalais ont de la protection civile. En effet la logique aurait voulu que les sapeurs-pompiers constituent un corps d’arme composés de plusieurs brigades voire divisions d’où la pertinence de l’appellation groupement, tandis que s’ils se font appeler brigade tout court, tout porterait alors à croire que les pompiers au Sénégal ne constituent qu’une seule et unique brigade !

D’après l’hebdomadaire sénégalais d’informations générales « Le Témoin » N° 1139 en date du 04 octobre 2013, les sapeurs-pompiers accusent un déficit criard d’officiers et pis les jeunes éléments issus du rang ont tendance à migrer vers d’autres corps réputés être plus attractifs, ce qui rend chronique le manque de personnel qualifié. Toujours selon le même magazine les pompiers sont contraints de faire recours à l’assistance de l’école des officiers de la gendarmerie pour pallier à ce manque cruel de cadres. Cette situation déplorable témoigne du manque de vision et de stratégie dont les autorités sénégalaises font montrent depuis plusieurs décennies. Le Sénégal peut bel et bien se doter à la fois d’une école d’officiers, une école de sous-officiers et d’une compagnie d’instruction rien que pour les sapeurs-pompiers. Les éléments issus de ces différentes structures de formation auront alors principalement compétence pour intervenir en cas d’incendies, d’incidents industriels (émanation de gaz toxiques, fuite de substances chimiques etc.) et de périls environnementaux. En ce qui concerne les secours à personnes, les accidents  de la circulation ou de navigation ferroviaire ou aérienne et les affaissements de bâtiments,  les services de protection civile devront procéder à un recrutement indirect par l’intermédiaire de l’École Militaire de Santé, pour pouvoir ainsi se doter de médecins urgentistes, de chirurgiens, d’anesthésistes et de pharmaciens. Ces derniers formeront une entité opérationnelle répartie à travers tout territoire national et qui pourra tout bonnement se dénommer service d’aide médicale urgente. Pour parfaire le tout, les forces armées sénégalaises devront se doter d’une école du personnel paramédical des armées pour former des sous-officiers au grade d’infirmiers et sages-femmes d’État, d’aides-soignants et de techniciens des hôpitaux. Ce qui induit que les sapeurs-pompiers recruteront leur personnel paramédical auprès de cette structure.

A côté de ces corps de métier susmentionnés, les services de protection civile devront aussi se doter d’un service de médecine vétérinaire, de spécialistes en herpétologie, de brigades cynophiles, d’unités de déminage et de compagnies de scaphandriers.

La protection civile revêtant un aspect non négligeable en termes d’investissements logistiques, il s’avère tout aussi essentiel d’octroyer à nos soldats du feu, d’une part des moyens aériens sophistiqués tels que les bombardiers d’eau et autres hélicoptères de transports de blessés du type CH-47 par exemple, en sus des moyens terrestres de projection opérationnelle (ambulances, véhicules de secours et d’assistance aux victimes, camions-citernes etc.) ; et d’autre part de doter du GNSP d’escadrons de parachutistes qui seront alors en mesure d’organiser des interventions par voie aéroportée si besoin est. En effet l’existence d’au moins une brigade aéroportée au sein des sapeurs-pompiers disposant de moyens aériens endogènes tels des avions de transports du type Lockheed C-130 Hercules ou Iliouchine II-76, aurait pu être d’un apport décisif dans le cadre des opérations de secours lors de la tragédie du MS Joola. Parce que ce qui a fait croître le nombre de victimes lors de cette tragédie, ce n’est pas le naufrage en tant que tel, mais plutôt la lenteur des secours. Vu que les services de protection civile sénégalais ne disposaient pas de moyens aériens lors des faits, la seule alternative qui restait aux secouristes c’était une intervention par voie maritime, ce qui a aggravé la situation.  

(A suivre)

 

 

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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Abd El Kader Niang
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