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Quinze raisons pour voter non au référendum du 20 mars 2016 : Une contribution citoyenne au débat sur la consolidation de la démocratie et de l’État de droit au Sénégal

Posté par: Abd El Kader Niang| Mardi 22 mars, 2016 08:03  | Consulté 517 fois  |  0 Réactions  |   

1. L’organisation d’un référendum relève du contingent et du superflu dès l’instant que le projet référendaire en tant que tel est dépourvu de sa quintessence originelle à savoir la question de la réduction ou non du mandat en cours du Chef de l’État. Dès l'instant que le Président de la République, Macky Sall, décide de suivre l'avis purement consultatif du Conseil Constitutionnel et non contraignant comme on peut être amené à le croire, à savoir de faire un septennat en lieu et place d'un quinquennat comme promis, l'organisation d'un référendum est de fait inopportune !

 

2. Un référendum est par définition un procédé de législation universelle directe par le moyen duquel un collège électoral populaire est appelé à se prononcer par un oui ou par un non à une seule et unique question qui lui est posée de manière claire et sans équivoque. Or le libellé du projet référendaire qui sera soumis au Peuple Sénégalais le 20 mars 2016 comporte au moins quinze points. Comble de l’absurde il n’est pas demandé aux votants de répondre à chaque point par un oui ou par un non, mais plutôt d’accepter ou de refuser le tout !

 

3. Le Président de la République, Macky Sall, aurait bien pu soumettre le texte du projet de référendum à l’Assemblée Nationale qui alors aurait pu en statuer dans ses différentes commissions, avant de procéder à une première lecture, ensuite à un débat contradictoire au-dessus des appartenances partisanes et pour en conclusion adopter les points jugés pertinents par vote.

 

4. La tenue d’un référendum en ce 20 mars n’étant pas une contrainte légale, le Chef de l’État, initiateur de ce projet aurait bien pu nous donner, nous autres le Peuple Sénégalais, le temps matériel nécessaire pour débattre de ce projet. Nous aurions besoin pour cela d’au moins un an de discussions intellectuelles, de recherches profondes et d’ajustements techniques pointus à fin de lire et de comprendre son projet. Il nous aurait fallu faire traduire ce projet dans toutes les langues nationales du Sénégal afin que le commun des sénégalais ait accès au sens de cette initiative. Le bref délai qu’il nous a imparti a créé plus de désarroi que de dévouement à l’endroit de sa proposition, même si cette dernière à quelques endroits de son libellé fait montre d’une bonne volonté digne de salut. Le sentiment d’être embarqué de force dans un projet dit de société, mais qui n’a pas fait l’objet d’un débat profond et interactif a dissuadé plus d’un citoyens à adhérer à cette initiative.

 

5.  Vu le contexte de crise économique que traverse le Sénégal l’organisation d’une consultation par voie référendaire, semble reléguer au second plan les urgences impératives des populations. L’argent du contribuable sénégalais aurait bien pu être utilisé à bon escient ! Les hôpitaux publics manquent de tout, l’approvisionnement en électricité est déficitaire, le chômage des jeunes est endémique, la misère sévit dans les campagnes, l’éducation est en crise, le terrorisme islamiste sévit chez nos voisins, à quoi sert alors d’organiser un référendum quand on peine à trouver réponses à ces questions on ne peut plus essentielles ? Cela frise à la limite l’immoral et le cynique, si l’on voit la souffrance qui se lit sur le visage de nos compatriotes et congénères. En faisant le tour des artères de la capitale sénégalaise, on a l’impression que le tout Sénégal demande l’aumône !

 

6. Et si référendum doit-il y avoir, que la campagne qui la précède et la promeut se fasse de manière décente et équitable ! En voyant les images de la campagne des partisans du oui, on a comme l’impression que ce sont les moyens financiers, humains et logistiques de la République du Sénégal qui sont utilisés pour la victoire du camp présidentiel, ce qui fausse la logique d’équité et de justice qui fonde toute démocratie et tout État de droit !  Le déroulement de la  campagne pour le oui rappelle à certains égards l’arrogance et l’insolence des campagnes de la majorité de l’époque lors des locales de 2009 et des présidentielles de 2012 ! 

 

7. Pourquoi offrir des libéralités à des marabouts, lutteurs et autres personnes de notoriété publique afin qu’ils rejoignent le camp du oui et ainsi drainer du monde avec eux, et ceci en parfaite contradiction d’avec les dispositions du code électoral ?

 

8. Comment comprendre que l’on prétende lutter contre la corruption alors que l’on use de méthodes qui lui sont similaires pour arriver à ses fins politiques ? Alors dans ce sens à quoi une nouvelle constitution peut-elle changer la donne ?

 

9. Ce dont le Sénégal a besoin ce n’est ni de  nouvelles institutions ou de nouveaux textes mais plutôt de la stricte application des textes en vigueur et de la pleine mise en pratique des compétences des institutions déjà existantes.

 

10. Pourquoi la plus haute autorité de la République à savoir le Chef de l’État intuitu personae doit-il descendre sur le terrain et battre campagne pour le oui, conférant ainsi à la chose une tournure d’élection présidentielle, alors qu’il ne s’agit pas ici d’orientation par rapport à un candidat et encore moins de d’identification par rapport à un parti mais plutôt d’orientation par rapport à des questions de fond auxquelles le seul fait d’avoir en commun un chef de file politique et d’appartenir au même parti ne peut et ne doit obliger les adhérents de ce parti à adopter le même profil que celui de leur chef. Ce qui suppose que soit il n’y a pas de démocratie interne dans la principale formation politique de la majorité présidentielle, soit au Sénégal en général on ne fait pas la différence d’entre un référendum et une élection présidentielle !

 

11. Dans une démocratie libérale le jeu politique repose sur les principes de participation et de délibération des institutions de la société mais aussi des individus qui composent en premier lieu cette dernière. Qui dit participation pense nécessairement à la possibilité du citoyen à pouvoir faire usage de son droit de vote, or plus de 183 000 électeurs d’après la presse ne pourront prendre part au référendum de ce 20 mars 2016 faute de carte d’électeurs ! Des centaines de milliers de citoyens sénégalais interdits de suffrage lors d’un exercice de délibération qui décidera de leur futur et de celui de leurs enfants et petits-fils. Le préalable à toute consultation populaire est la constitution de listes électorales fiables et actualisées. Et pour cela il faudra d’abord disposer d’un fichier d’état civil national informatisé et exempt de toutes fraudes et manipulations, un fichier résidentiel effectif et d’un registre du casier judiciaire crédible qui ensemble triangulés peuvent générer un fichier électoral fiable et opérationnel. Le court délai imparti pour la l’organisation de ce référendum l’absence de trois bases de données susnommées au Sénégal font que le fichier électoral d’une manière générale est obsolète et peu fiable. S’y ajoute qu’il devrait tout d’abord d’une part être débarrassé des électeurs décédés, de ceux qui ont été exclus de la nationalité sénégalaise et des autres qui sont déchus de leur droit de vote. Et d’autre part inclure les citoyens nouvellement majeurs et ceux qui ont été intégrés dans la nationalité sénégalaise suite à une naturalisation. Est-ce que tout cela a été fait pour convoquer le Peuple à un référendum ce 20 mars 2016 ?

 

12. Cette nouvelle constitution dont on nous vante les mérites en quoi serait-elle plus démocratique que l’actuelle en vigueur ? En quoi serait-elle plus partisane du règne de l’État de droit que la présente ? Pourquoi les pères de la nouvelle constitution ne sont-ils pas en mesure de nous dire concrètement ce qu’est le concept de « droits nouveaux » ? Ces droits dits « nouveaux » en quoi différeront-ils des droits anciens si l’on puisse parler ainsi ?

Que signifient concrètement ces points suivants : « la modernisation du rôle des partis politiques dans le système démocratique », « le renforcement des droits de l’opposition et de son Chef » ? 

 

13. Si cette nouvelle constitution se veut plus démocratique pourquoi n’interdit-il pas d’entrée de jeu le mariage homosexuel, puisque la majorité des sénégalais refuse l’homosexualité ? La démocratie étant par définition le règne de la majorité !

 

14. En ce qui concerne « la participation des candidats indépendants à tous les types d’élection », ne risque-t-on pas de rendre le jeu politique sénégalais encore beaucoup plus illisible, compliqué et irrationnel vu la pléthore de partis politiques dont dispose déjà le Sénégal. Un pays de moins de quinze millions d’habitants classés parmi les 25 nations les plus pauvres de la planète peut-il se permettre de financer des élections avec plus 250 partis politiques légalement constitués, avec plusieurs dizaines, centaines voire milliers de candidats en lice selon les échéances électorales, dont certains ont une représentativité insignifiante sur l’échiquier politique national.

 

15. Le Président de la République, Macky Sall,  plus qu’un chef de parti, plus qu’un Chef d’État, il dirige toute une nation, la Nation Sénégalaise. A ce titre il est censé être au-dessus de la mêlée et incarner le consensus et non la division. Il se doit de rassembler toute la Patrie en une communauté de valeurs et de principes, et non semer les graines de la discorde et de la mésentente entre nous. Son projet de référendum semble avoir divisé le Sénégal en deux factions rivales, même les confréries religieuses n’ont pas échappé à cette désunion !

 

Abd El Kader Niang

 

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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