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Proposition pour une réforme du multipartisme au Sénégal : Vers une limitation du nombre de partis politiques afin de garantir le bon fonctionnement du système politique

Posté par: Abd El Kader Niang| Jeudi 24 janvier, 2013 22:20  | Consulté 2065 fois  |  4 Réactions  |   

La meilleure définition du concept « démocratie » en tant que forme d’organisation sociopolitique, à mon avis, nous la retenons de Platon qui faisait dire à Ménexène dans un dialogue avec Socrate que la démocratie « c’est en réalité le gouvernement de l’élite avec l’approbation de la foule ». Les partisans d’une définition plus canonique du concept  « démocratie » et par la même plus proche du sens étymologique du terme pourront avec aisance paraphraser Abraham Lincoln et affirmer que « la démocratie est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». Eu égard au nombre pléthorique de partis qui foisonnent sur l’échiquier politique sénégalais, il s’impose alors de se poser la question à savoir si cette inflation de partis politique ne nuit pas tout simplement à l’exercice souverain de la légitimité populaire et au bon fonctionnement de la démocratie sénégalaise.

La logique du jeu des partis politiques, legs structurel de la IVème République française, constituant la clef-de-voûte du système politique au sein du régime semi-présidentiel de la Vème République française de 1958, laquelle a servi de modèle à la Constitution sénégalaise de 1963, qui elle-même inspire celle de 2001, consacre ces mêmes partis comme étant les acteurs de la vie politique de la Nation.

Les partis politiques étant donc en substance des associations et groupements de personnes physiques libres et égales en droit sont censés concourir à l’expression du suffrage universel. Et dans ce sens ils se doivent de polariser les citoyens autour d’un même idéal politique selon un programme de parti bien défini. De ce fait les partis politiques sont, selon les théories délibératives faisant référence en sciences politiques, supposés remplir deux fonctions essentielles : en résumé celle de servir d’intermédiaire d’entre le peuple et le pouvoir; et celle de contribuer à la formation d’une opinion publique nationale dans l’intention de conquérir (ou le cas échéant de maintenir) le pouvoir politique réel afin de d’appliquer le projet de société conçu et présenté aux citoyens  durant la campagne électorale.

Alors comment comprendre qu’il y ait au Sénégal, pays peuplé de moins de 13 millions d’habitants, plus de 120 formations politiques !? Peut-il y avoir dans un pays cent-vingt intermédiaires entre le pouvoir et les citoyens ? Doit-on tolérer que cent-vingt « partis » prétendent participer de manière constructive à la formation de l’opinion publique ?

Démocratie ne signifie pas inflation de partis politiques. Et ce nombre surélevé de partis présents sur la scène politique nationale ne contribuent qu’à morceler l’échiquier politique et à rendre difficile l’obtention de la majorité des suffrages exprimés à l’issue du premier tour du scrutin présidentiel et rend hasardeux le résultat d’un second tour parce qu’ouvrant la porte à toute forme d’alliances de circonstance, qui ne reflètent en rien la volonté de électeurs et ridiculisent le sens réel de l’expression des suffrages. En outre la présence superflue de candidats impopulaires et le plus souvent inconnus des électeurs cause un préjudice financier grave pour le trésor public et donc le pauvre contribuable sénégalais, vu qu’il leur faut un temps d’antenne à la télévision lors de la campagne électorale et des bulletins de vote imprimés pour finir ensuite comme papier d’emballage pour les marchands de cacahuètes.

Il urge à ce titre de limiter le nombre des partis politiques et de rationnaliser le jeu démocratique.

Comment faire pour limiter le nombre de partis politique au Sénégal ?   

Il suffit d’introduire une clause restrictive et éliminatoire à hauteur de 8% (par exemple) des suffrages valablement exprimés.  C'est-à-dire un parti qui n’arrive pas engranger 8% des suffrages valablement exprimés lors d’une échéance électorale se voit retirer son récépissé définitivement et perd irréversiblement son statut de parti politique. Dans ce cas de figure le parti concerné ne pourra plus se présenter à aucune élection que ce soit des  élections locales, législatives ou présidentielles. Ainsi dans cette logique seuls les partis représentés au niveau des collectivités locales pourront prendre part aux élections législatives et seuls les partis présents à l’Assemblée Nationale pourront prendre part aux élections présidentielles.

La loi électorale devra alors imposer à chaque parti politique la tenue d’élections primaires internes transparentes, libres et démocratiques. Ces élections primaires seront fermées c'est-à-dire seuls les militants dudit parti auront droit à prendre part à ce scrutin. Pour s’acquitter de leur droit de vote ces derniers devront remplir les mêmes critères d’éligibilité active prévue par la loi électorale en termes de droits civiques (majorité civique, jouissance pleine des facultés mentales et droits civiques). 

Afin préparer les électeurs à prendre part de manière intelligente à la vie de la Nation, à faire preuve de maturité politique et à bien choisir leurs leaders, le code électoral devra permettre aux citoyens sénégalais âgés de seize ans révolus de prendre part aux élections locales.

Tous les mandats électifs doivent être ramenés à 06 ans. La sixième année sera déclarée année électorale prévoyant la tenue de campagnes électorales en vue de l’organisation successive et à intervalle régulière d’élections primaires, locales, législatives et présidentielles. En d’autres termes toutes les élections auront lieu la même année. Le nombre de mandats électifs sera limité à deux par le moyen d’une contrainte légale prévue dans le code électoral et disposé dans la charte constitutionnelle. Ainsi le Sénégal pourra renouveler tous les douze ans son personnel politique et éviter l’émergence ou sinon le maintien perpétuel au pouvoir d’une caste d’hommes et de femmes politiques professionnels. Cette discontinuité personnelle assurera au Sénégal une continuité institutionnelle.

Les candidats indépendants aux élections (locales, législatives et présidentielles) devront rassembler un certain nombre de signatures, apporter comme caution une forte somme d’argent dont l’origine est licite et faire acte de candidature au moins un an jour pour jour avant la tenue des élections auxquelles ils comptent prendre part.

Le programme et la charte de chaque parti politique sera soumis à un contrôle de constitutionnalité et de légalité. Les partis dont le programme ou la charte contiennent des dispositions contraires à la Constitution, aux lois et règlements du Sénégal seront dissous par le Conseil Constitutionnel.

Ainsi pourrons-nous avoir moins d’une demi-douzaine de formations politiques représentatives et dépositaires légitime d’un idéal politique citoyen conforme à la Constitution sénégalaise dans son esprit comme dans sa lettre. Les partis politiques seront alors institutionnalisés, leur  financement sera public et leur fonctionnement démocratique. Les campagnes électorales cesseront alors d’être des séances de « sabar » ou de « tannebéer » et deviendront des exercices de questionnement pertinent des candidats, d’analyse des discours des candidats et d’interactions réelles entre électeurs et candidats. Le jeu politique lui-même cessera d’être du folklore et deviendra un exercice rationnel de délibération des élus du peuple et de participation des citoyens. Et les électeurs voteront selon le modèle de Michigan (identification partisane, personnalité des candidats et orientation sur les questions de fond). Je reviendrai plus amplement sur ce dernier point dans mon prochain post.

 

Abd El Kader Niang

Analyste politique

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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Commentaires: (4)
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Ibrahima Sène PIT/SENEGAL En Janvier, 2013 (09:37 AM) 0 FansN°:1
Cette proposition relève du caractère bourgeois totalitaire que les luttes pour la démocratisation de la vie publique dans notre pays a fait reculer largement. Où étiez vous quand les démocrates de ce pays luttaient contre la limitation constitutionnelle à quatre courants des Partis politiques? Aujourd'hui, par le biais de l'argent vous voulez remplacer les critères idéologiques que Senghor avait utilisés à cet effet. Le droit actuel des Sénégalais, conquis de haute lutte, à créer ou militer dans une organisation politique de leur choix est menacé par vos propositions. Ni Senghor, ni Abdou Diouf, ni Wade n'ont pu endiguer ce processus de démocratisation de la vie publique dans notre pays. Comment pouvez vous proposer des taux de représentativité (8%), sans au préalable vous enquérir de l'existence d'un système électoral démocratique, c à dire, libéré du poids de l'argent et du Gouvernement en exercice, et l'existence d'un mode de scrutin équitable et transparent? Comment pouvez vous proposer des mandats électoraux de six ans, là où un consensus s'est dégagé pour cinq ans, et que des forces rétrogrades veulent le maintenir à sept ans? Vous oubliez que les Partis politiques sont des organisations privées que nul ne peut régenter. Vous les mettez dans l'illégalité, ils se mettront dans la clandestinité pour se faire entendre. Vous donnez l'impression que la vie politique et la lutte politique se résument en l'organisation d'élections....
Anonyme En Janvier, 2013 (17:36 PM) 0 FansN°:2
Salut Mr Sène,
c'est un grand plaisir pour moi que de discuter avec vous sur ce forum. Ceci dit je ne vois nullement en quoi ma proposition pourrait relèver "d'un caractére bourgeois totalitaire"?.
Je salue certes la libéralisation de l'espace politique initiée par Senghor en 1974 et élargie par Diouf en 1981, vu que nous faisons partie des premiers en Afrique à avoir aboli le régime de parti unique, mais je ne peux en aucun moment concevoir qu'il y ait plus 120 partis politiques au Sénégal! Cette inflation de formations politiques ne se justifie pas d'ailleurs ni d'un point de vue idéologique ni d'un point de vue pragmatique.Dans un de mes blogs un lecteur a qualifié ces formations à juste titre de "partis cabine téléphonique". Cette clause de 8% est non seulement un moyen pour amener les acteurs politiques à s'approcher d'avantage des citoyens et à oeuvrer pour la formation d'une opinion publique qui leur est favorable chacun respectivement, mais aussi pour filtrer l'input politique dans les assemblées et autres instances de prise de décision afin d'empêcher l'arrivée au pouvoir de partis et candidats non représentaifs de l'opinion publique majoritaire. Mon souci premier est de retransmettre fidèlement la majorité des suffrages exprimés au profit de l'opportunisme politique et des alliances de circonstance. Ainsi pourra-t-on éviter que la sous-représentation de partis crédibles et représentatifs dans le gouvernement et dans les assemblées, et...
Anonyme En Août, 2015 (21:13 PM) 0 FansN°:3
Merci Monsieur SENE de rappeler très clairement les fondements de notre démocratie qui nous est propre et qui ne doit pas être calqué sur un quelconque mimétisme occidental. L\'ascension d\'un parti comme APR qui porte un président au pouvoir en 3 ans d\'existence montre bien qu\'il y\'a encore de la place pour des partis politiques au Sénégal. Le peuple reste souverain et ne se laisse tromper par personne. La sélection naturelle fera disparaitre ou renforcera les partis en fonction de l\'adhésion des citoyens aux idéaux affichés. Ce n\'est pas un problème de partis politique que nous avons mais bien un problème d\'application des politiques capables de changer les paradigmes dans notre société. les cinq ans de pouvoir semblent bien être une volonté partagée du peuple et correspondent bien à une récurrence sociale bien ancrée. Il y\'a certes quelques correspondance calendaires à faire coïncider pour rendre nos processus électoraux moins couteux mais globalement ce n\'est pas comme cela qu\'on risque d\'assainir le landerneau politique sénégalais. Cela dit il y\'a urgence à imposer et à durcir la ligne de conduite des partis en matière de suffrages universels.
Anonyme En Août, 2015 (21:14 PM) 0 FansN°:4
Merci Monsieur SENE de rappeler très clairement les fondements de notre démocratie qui nous est propre et qui ne doit pas être calqué sur un quelconque mimétisme occidental. L\'ascension d\'un parti comme APR qui porte un président au pouvoir en 3 ans d\'existence montre bien qu\'il y\'a encore de la place pour des partis politiques au Sénégal. Le peuple reste souverain et ne se laisse tromper par personne. La sélection naturelle fera disparaitre ou renforcera les partis en fonction de l\'adhésion des citoyens aux idéaux affichés. Ce n\'est pas un problème de partis politique que nous avons mais bien un problème d\'application des politiques capables de changer les paradigmes dans notre société. les cinq ans de pouvoir semblent bien être une volonté partagée du peuple et correspondent bien à une récurrence sociale bien ancrée. Il y\'a certes quelques correspondance calendaires à faire coïncider pour rendre nos processus électoraux moins couteux mais globalement ce n\'est pas comme cela qu\'on risque d\'assainir le landerneau politique sénégalais. Cela dit il y\'a urgence à imposer et à durcir la ligne de conduite des partis en matière de suffrages universels.

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Abd El Kader Niang
Blog crée le 13/12/2011 Visité 346223 fois 55 Articles 8215 Commentaires 14 Abonnés

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