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Le Sénégal dans la ligne de mire du terrorisme islamiste transnational.

Posté par: Abd El Kader Niang| Mercredi 13 mars, 2013 11:16  | Consulté 2811 fois  |  0 Réactions  |   

L’invasion éclair du Mali par des groupes islamistes armés, supposés affiliés au réseau terroriste transnational Al-Qaïda, alliés pour la circonstance avec les rebelles indépendantistes touarègues du MNLA et le risque réel de contagion régionale montrent à quel point les états de la zone saharo-sahélienne, à l’exception de l’Algérie, sont faibles et vulnérables.

Les tergiversations de la diplomatie multilatérale onusienne, le scepticisme des USA quant à un quelconque engagement militaire direct sur le continent africain, le refus de l’OTAN à intervenir dans la crise malienne, les lenteurs au niveau du processus de prise de décision politique au sein de l’Union Africaine et enfin la complaisance de la Ligue Arabe et de certains pays membres de l’OCI envers les groupes terroristes présents dans le conflit malien doivent nous édifier, nous autres sénégalais, sur la nécessité de mettre en place, et ce dans les meilleurs délais, un dispositif sécuritaire fiable et efficace pour assurer par nous-mêmes notre propre sécurité et garantir par nous-mêmes l’intégrité du territoire sénégalais, dans ce contexte de menace terroriste permanente.

Cette option unilatérale en matière de politique de sécurité et de défense n’exclut pas systématiquement la coopération avec les institutions sous-régionales, transcontinentales et internationales. Ce choix basé sur une approche plus néo-réaliste se justifie par le souci de ne jamais subordonner nos intérêts vitaux et stratégiques, en termes de sécurité, aux aléas d’une politique internationale aux allures dilettantes. Certes il n’appartient pas en premier lieu à l’Armée Sénégalaise d’assurer l’intégrité du territoire malien encore moins d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur le sol malien, mais l’engagement militaire du Sénégal dans le conflit malien aux côtés de forces armées maliennes, de la CEDEAO et de la France est juste et légitime. Le reproche que l’on peut faire à la communauté internationale c’est le fait d’avoir hésité aussi longtemps quant à l’envoi d’une force d’intervention pour mettre fin à l’invasion dont le Mali a été victime et déloger les terroristes. Cette longue période d’attentisme et d’atermoiements a permis aux différents groupes islamistes armés, présents sur la partie septentrionale du Mali, de mieux s’organiser sur le terrain, de créer un réseau d’influence par le moyen de la corruption et de peaufiner une stratégie de résistance pour parer à une intervention armée internationale. Et d’ailleurs ce dernier point qui explique en partie la violence des combats dans le massif des Ifoghas. On peut dès lors admettre que l’intervention de la France, du Tchad et de la CEDEAO aurait été moins risquée en termes de perte humaines et de dégâts matériels du côté de la coalition et aurait sans doute épargné la population civile malienne les affres subies durant la période d’occupation, si cette intervention avait eu lieu dès les premiers instants du conflit.  Le geste de solidarité de la France à l’endroit du Mali est salutaire, il ne s’agit nullement ici de faire l’éloge de la France, mais quand bien même un devoir de reconnaissance s’impose. Cela aurait été pire si les terroristes d’Ansar Dine, d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique et du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’ouest avaient pris  le contrôle sur toute l’étendue du territoire malien. Ceci-dit l’intervention de la France au Mali ne relève pas de l’humanitaire. Elle s’inscrit plutôt dans une logique de sauvegarde des intérêts stratégiques de la France dans la sous-région ouest-africaine, notamment la sécurisation  de l’approvisionnement de la France depuis le Niger en uranium, source d’énergie principale en Hexagone et la stabilisation des pays francophones ouest-africains, partenaires économiques de la France. Il y a eu donc convergence d’intérêts d’une part entre la France, soucieuse du maintien de sa mainmise sur l’uranium nigérien et d’autre part le Mali, état en faillite, incapable de défendre son territoire et de protéger ses citoyens. Et de toute façon la déstabilisation dont le Mali est actuellement victime, est fille de la chute du régime libyen. Or la chute de Kadhafi est résulte directement de l’intervention militaire de la France dans ce qu’il convient d’appeler la guerre civile libyenne. Donc il est nécessaire que la France corrige les ratés de son intervention dans ce qui était un conflit armé interne à la Libye, c’est-à-dire de neutraliser les différents groupes armés jadis mercenaires de Kadhafi et de détruire les stocks d’armes issus de l’arsenal libyen et qui sont en circulation dans la zone saharo-sahélienne. Mais le Mali doit-il toujours compter sur la France pour assurer sa sécurité ? La France sera-t-elle en mesure une prochaine fois d’intervenir dans le dossier malien ? Qu’adviendra-t-il de la zone nord du Mali après le retrait définitif des troupes françaises ?

Puisque le Sénégal est voisin du Mali, pays faible et instable, et que nos frontières terrestres communes sont poreuses, il s’avère alors indispensable de mettre sur pied un dispositif militaro-policier performant pour garantir le maintien de la paix au Sénégal, défendre l’intégrité du territoire sénégalais et assurer la sécurité des citoyens sénégalais. Notre engagement militaire dans le conflit malien a placé le Sénégal dans la ligne de mire des groupes islamistes armés, c'est-à-dire la menace terroriste jusqu’ici abstraite est devenue concrète. Il urge donc de réagir en conséquence. Il ne s’agit ici nullement de me substituer aux services sénégalais compétents en la matière, mais de contribuer en tant qu’universitaire, au bon fonctionnement des mécanismes et institutions garants de notre paix et de notre sécurité. Toutefois il revient à l’État du Sénégal en premier lieu de réorganiser les forces de sécurité et de défense et de restructurer la communauté du renseignement par rapport à ce nouveau type de menace que constitue le terrorisme transnational dans la zone saharo-sahélienne.

Il s’agit donc dans un premier temps de créer un corps paramilitaire de garde-frontières, dépendant du ministère de l’intérieur et chargé d’assurer la sécurité des frontières aéroportuaires, ferroviaires, terrestres et fluviales du Sénégal en lieu et place de l’actuelle Police de l’Air et des Frontières. La Direction de la Police des étrangers et des Titres de voyage sera dissoute dans ce corps de garde-frontières. Les Renseignements Généraux et la Direction de la Surveillance du Territoire devront être fusionnés pour créer une Direction Générale du Renseignement Intérieur, qui va travailler en étroite collaboration avec le corps de garde-frontières. Les hommes et les femmes du rang en service dans  le corps des garde-frontières seront essentiellement recrutés à partir des éléments du Groupement Mobile d’Intervention. Les sous-officiers et officiers du corps des garde-frontières seront respectivement recrutés à partir des sous-officiers et officiers des autres composantes de la Police Nationale. Le corps des garde-frontières disposera des moyens suffisants et adéquats en termes de ressources humaines (effectifs suffisants, réseau de collecte de renseignements humains), de logistique (arsenal militaire, moyens aériens de surveillance et de reconnaissance, véhicules tout-terrain, matériels informatiques, un service de police scientifique et technique, des laboratoires de contrôle et d’analyses etc.) et de ressources budgétaires suffisantes pour mener à bien la mission qui lui est dévouée. L’introduction d’une taxe communautaire pour la sécurité prélevée à la source par les collectivités locales et ensuite reversée directement au ministère de l’intérieur permettra d’assurer à cette nouvelle composante des forces armées sénégalaises une autonomie en termes de budget de fonctionnement en plus des crédits que l’État du Sénégal mettra à sa disposition. Ce corps disposera d’unités spéciales d’intervention issues des rangs de la Brigade d’Intervention Polyvalente, et qui seront chargées des missions du type commando et d’unités de renseignement issues de la Direction Générale du Renseignement Intérieur. Aussi ce corps sera doué de compétences de police judiciaire et les agents dudit corps pourront dans le cadre de leurs missions donc procéder à des arrestations, perquisitions et interpellations. Même si le CGFS (Corps des Garde-Frontières du Sénégal) recrute ses membres essentiellement au niveau des composantes de la Police Nationale, il leur faudra des uniformes, des insignes et des bérets différents de celui de la police, pour mieux corroborer l’idée de spécificité de nouveau corps.                                      

La Marine Nationale devra être scindée en deux entités distinctes :                                           .Une Marine Nationale chargée de la défense maritime du territoire et de soutien aux autres composantes des forces armées (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Forces_armées_du_Sénégal)   . et un Corps de Garde-Côtes chargé des missions de douanes sur les eaux maritimes, de police des frontières maritimes, de protection civile et de la sécurité de la navigation maritime (cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Forces_armées_du_Sénégal).                                                 Le Corps des Garde-Côtes dépendra du ministère de l’intérieur et travaillera en étroite collaboration avec les services du Corps de Garde-Frontières.                                  

La stratégie nationale de lutte contre le terrorisme consacrera l’étroite coopération entre les différents organes de sécurité et de défense que compte l’État du Sénégal. Et à ce titre la Direction de la Documentation et de la Sécurité Extérieure et la Direction Générale de la Sûreté Nationale devront agir en synergie. La police, la gendarmerie et les douanes devront collaborer ensemble dans leurs missions respectives de sécurisation des personnes et des biens. Le Premier Ministre devra mettre sur pied un État-major de la sécurité intérieure qui regroupera alors dans son sein le Haut-Commandement de la Gendarmerie Nationale, la Direction Générale de la Sûreté Nationale et la Direction Générale des Douanes.                                                                    Pour mener à bien sa mission de protection et de sécurité dans ce contexte de menace djihadiste, l’État du Sénégal devra mettre en place une politique de lutte anti-terroriste extraterritoriale. C’est-à-dire, c’est en dehors des frontières du Sénégal, que la politique de sécurité et de défense du Sénégal devra commencer et non plus à partir de l’intérieur du territoire sénégalais. Il consistera alors de concevoir la sécurité du Sénégal comme un ensemble de cercles circoncentriques dans lequel le territoire sénégalais sera le dernier cercle.                                   Le premier cercle sera le réseau diplomatique et consulaire du Sénégal à travers le globe, qui dans cette perspective, aura comme mission la recherche et la collecte d’informations sur les activités des réseaux et groupes islamistes radicaux. Le deuxième cercle sera constitué par le réseau diplomatique et consulaire dans les pays de la sous-région ouest-africaine et dans les pays limitrophes du Sénégal. Le dispositif sécuritaire du deuxième cercle aura comme mission la collecte de renseignements humains, la surveillance des groupes radicaux islamistes et l’élaboration de stratégies de lutte anti-terroriste à l’échelle locale et régionale. Il sera aidé dans cette mission par le personnel militaire et policier en service dans les ambassades.                                          Le territoire sénégalais étant le dernier cercle, il devra donc être protégé contre tout acte de violence terroriste (attaques, attentats, prise d’otages etc.), contre toute forme d’infiltration par de réseaux terroristes (cellules dormantes, homegrown terrorism, importation et développement de l’idéologie djihadiste, transferts d’argent d’origine douteuse, contagion régionale etc.) et contre l’utilisation de son territoire comme base-arrière par des organisations terroristes. Les forces de sécurité et de défense devront faire preuve de vigilance et d’imagination et étudier toutes les stratégies possibles et imaginables pour assurer la sécurité du Sénégal et de ses citoyens. Les frontières aéroportuaires, portuaires, terrestres, fluviales et ferroviaires devront être plus que jamais hermétiques à toute infiltration de la part d’organisations terroristes. Les places publiques (marchés, stades, centre commerciaux etc.), les lieux d’attraction (musées, salles de concert, parcs, théâtres, salles de cinéma etc.), les bâtiments officiels (Présidence, Building Administratifs, ministères, gouvernances, préfectures, mairies etc.), les édifices publics, les immeubles privés de grand standing, les banques, les lieux de culte, les lieux symboliques (Place de l’Indépendance, Place de la Nation, Place de l’Obélisque etc.), les infrastructures de défense et de sécurité (casernes, bases, commissariats, écoles de formation, centres de recrutement etc.), les infrastructures civiles (centrales électriques, centrales hydrauliques, aéroports, ports, gares routières, gares ferroviaires, usines, ponts, autoroutes etc.), les transports publics (aériens, maritimes, terrestres et ferroviaires), les sites touristiques et les représentations diplomatiques étrangères devront faire l’objet de mesures de protection renforcée et de surveillance accrue. Le ministère de l’intérieur devra en partenariat avec les collectivités locales mettre en place un dispositif de caméra de surveillance dans les grandes villes et autres sites susceptibles d’être une cible des terroristes. Une informatisation de l’État-Civil, du registre national des casiers judiciaires, de la base de données des certificats de résidence et des mouvements des ressortissants étrangers (entrées et sorties du territoire national, durée et objectif du séjour etc.) pourrait aider à mieux cibler les personnes suspectes. La réciprocité des visas par rapport à certains pays constitue une avancée majeure dans l’obtention d’informations sur l’identité des personnes désirant se rendre au Sénégal et sur l’objectif de leur séjour au Sénégal. Dans cette optique le Sénégal se devrait d’exiger de plusieurs autres pays à la fois un visa d’entrée  et de sortie. Ceci n’entend entamer en rien notre hospitalité légendaire. Bien au contraire il s’agit de rendre le Sénégal encore plus sûr et plus stable. Et ceci contribue en effet  à augmenter le taux de fréquentation touristique, le volume des investissements étrangers et les transactions bancaires internationales.

Cependant le Sénégal doit amorcer son envol économique, industriel et commercial afin de générer des substrats matériels et immatériels au profit de sa jeunesse, et ainsi étouffer dans l’œuf l’obscurantisme, la haine religieuse et la violence dans la pratique cultuelle. C’est d’ailleurs avec les recettes générées par une économie florissante, que le Sénégal pourra supporter financièrement les coûts d’une politique de lutte anti-terroriste efficace. En outre les intelligences sénégalaises devront coopérer plus étroitement avec leurs partenaires américains, européens, africains, arabes et asiatiques afin de pouvoir bénéficier au maximum des expériences pratiques des pays déjà confrontés à la menace terroriste (USA, France, Grande-Bretagne, Israël, Russie, Inde etc.). En ce sens les autorités sénégalaises devraient s’atteler à mettre en œuvre un ensemble de protocoles d’accords stratégiques qui vont permettre aux forces spéciales sénégalaises (GIGN, BIP etc.) de bénéficier du savoir-faire technique de leurs homologues russes (Speznas, Omon et GRU), américains (Navy SEALs, Green Berets etc.), britanniques (SAS) et français (GIGN). Sur ce il s’avère alors nécessaire d’exiger de nos partenaires français dores et déjà de détacher au Sénégal une section du GIGN, qui sera chargée d’intervenir sur sol sénégalais et dans la sous-région au cas où des citoyens français viendraient à être pris en otage par des groupes terroristes.                                                                                                                                Le retrait des troupes françaises du Mali, annoncé pour début avril, devra se faire de manière progressive et graduelle. Dans tous les cas de figure, la France doit maintenir sur le sol malien ses forces spéciales et continuer à assurer aux troupes africaines sur le sol une couverture aérienne. Le  Sénégal devra quant à lui s’inscrire dans une logique de formation des soldats maliens afin de permettre à ceux-ci d’assurer l’intégrité du territoire malien par eux-mêmes. C’est pour ainsi qu’il faut commencer dès à présent de  « malieniser »  le conflit et amorcer le retrait progressif des soldats sénégalais du Mali.

 

Abd El Kader Niang

Analyste politique

 

 

 

 

 

 

 

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