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Interview avec Nathalie Dia

Posté par: Abd El Kader Niang| Mardi 23 mai, 2017 11:05  | Consulté 2641 fois  |  0 Réactions  |   

Merci Mme Nathalie Dia d'avoir bien voulu accorder cette interview à la rédaction du Magazine Protubérances

 

Mme Dia êtes-vous toujours présente sur la scène politique sénégalaise ?

 

Disons que je suis engagée ! Engagée dans un activisme citoyen qui prend en compte tous les aspects liés à l’environnement, au civisme, aux valeurs républicaines, à la transparence dans la gestion des deniers publics, à l’émancipation des femmes, … à toutes ces formes de lutte contre ce qui creuse les écarts et favorise les inégalités sociales et territoriales. J’ai pour se faire intégré une coalition dénommée « Coalition Citoyenne pour le Changement », 3C, qui est une alliance de citoyens engagés et qui croient en une transformation pour le Peuple, par le Peuple et cela de manière positive et durable. Nous nous sommes engagés :

- pour un contrôle rigoureux de l’action gouvernementale,

- à accompagner tous les projets de développement dans tous les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’agriculture…

- pour une rationalisation des dépenses et pour une réduction du train de vie de l’État

-  à nous dresser en sentinelles contre tout abus, toute prévarication ou tout autre projet contraire à l’intérêt collectif

- à propulser une nouvelle dynamique citoyenne

- à informer juste et à conscientiser le peuple sur la gestion de ses ressources

- à défendre l’intérêt national et des générations futures par la préservation des ressources foncières, halieutiques, minières, énergétiques.

Chacun de nous a le droit de s’intéresser ou de participer pleinement à la gestion de la Cité. Moi j’ai opté pour cette forme d’engagement.

 

Comment jugez-vous le bilan des cinq premières années de M. Macky Sall à la tête du Sénégal ?

 

Si ma mémoire est bonne, 10 mois après sa prise de fonction, vous m’aviez déjà demandé de faire un bilan. A l’époque je vous avais fait part de mes interrogations sur les engagements de M. Macky Sall qu’il ne tiendrait pas et surtout sur les illusions de la traque des biens mal acquis.

Maintenant, faire le bilan des cinq premières années de M. Macky Sall confirme mes craintes et me ramène à son premier discours à la Nation. Lors de cette allocution, M. Macky Sall dressait le portrait, je cite :

 « d'une nouvelle ère de ruptures en profondeur dans la manière de gérer l'État au plan institutionnel et économique...où il est question de servir et non de se servir. Déjà comme vous le savez, j'ai décidé de ramener à cinq ans le mandat de sept ans pour lequel je suis élu sous l'empire de l'actuelle constitution...renouvelable une seule fois et verrouillé sans possibilité de modification. Gouverner c'est bannir les passe-droits, le favoritisme et le trafic d’influence,... ». Fin de citation

La suite on la connaît : fuite de responsabilité, vassalisation de la justice et de l’Assemblée Nationale, implication de la famille dans les affaires de l’État, le parti avant la patrie, interdiction des manifestations, emprisonnement des concurrents potentiels, dictature rampante…

 

N'avez-vous pas l'impression que les aspirations profondes qui ont été à la base de la contestation populaire qui a emporté le Président Wade ont été quelque part trahies par M. Macky Sall?

Ma réponse fait suite à la réponse précédente ; j’ai l’intime conviction que les aspirations du peuple sénégalais n’ont jamais été les préoccupations de tous ceux qui aspirent aujourd’hui à nous gouverner. Je trouve désolant de devoir le dire mais, si on tient compte du niveau des débats politiciens, nous pouvons affirmer que nous n’avons pas un leadership politique capable de faire une offre alternative crédible à laquelle adhèrent les populations. Le leadership, ce n’est pas une question de position ou de remplacement, mais bien des solutions concrètes pour de l’économique, du social, de l’environnemental, du culturel et de l’institutionnel. Il faut rompre avec toutes ces vieilles méthodes de politiciens aguerris et peut-être que les législatives prochaines nous donneront cette opportunité de rupture.

 

Que pensez-vous des élections législatives de juillet 2017? Est-ce là pour vous un test de popularité du Président Macky Sall en vue des présidentielles de 2019?

 

Je pense qu’il y a une volonté certaine de nourrir la confusion dans la tête des sénégalais pour ces prochaines élections. Objectivement dans la confusion, on ne tire rien de bon.

Les législatives de 2017 suivent le calendrier républicain et le mandat du Président de la République bon ou mauvais n’est point remis en cause. Presque tous les acteurs politiques ont accepté malgré eux l’échéance de 2019. Je dirai presque qu’il faut déconnecter le Président de la Républiques de ces législatives ; il a bénéficié de 5 ans d’une majorité absolue et complice de l’Assemblée Nationale, et en 2019 on fera le bilan présidentiel de l’utilisation de cette majorité. Pour ces législatives, il s’agit de faire le bilan 2017 de notre Assemblée Nationale, d’examiner si elle a joué son rôle de contrôle du gouvernement, si elle a fait des propositions de loi dans l’intérêt du pays et des populations, si les députés ont été exemplaires et s’il faut en reconduire certains et changer d’autres en fonction du travail accompli.

 

On remarque une certaine dynamique de rassemblement au sein de l'opposition sénégalaise, qu'est ce que vous en pensez?

 

L’opposition est libre de se rassembler, mais à mon humble avis il y a des alliances qui ont du mal à passer. Ceux qui jadis étaient au pouvoir sont ceux-là qui, aujourd’hui se présentent comme seules alternatives sans nous faire le bilan de leur responsabilité dans la situation catastrophique du pays.   On a beau chercher à comprendre mais nous aurions bien aimé savoir comment les besoins et aspirations des citoyens sont pris en charge lorsque le seul but recherché par certains acteurs politiques est, de nuire à l’autre, de prendre leur revanche sur la petite histoire politicienne ou de régler des comptes.

 

Que vous inspire le retour de Me Abdoulaye Wade sur la scène politique sénégalaise?

 

Comme beaucoup de sénégalais, j’ai combattu Wade mais aujourd’hui je vous avoue sincèrement que je suis en admiration devant cet homme qui malgré le poids de l’âge continue à être plus que présent dans le giron politique sénégalais et continue de se battre pour imposer son fils encore et toujours. Je loue son endurance, sa force de caractère et sa détermination. Mais il faut qu’il se résolve à se reposer car nous sommes à la porte d’une révolution culturelle politique où la dévolution monarchique sera radicalement bannie et où les citoyens prennent le pouvoir. C’est une nouvelle donne que tout le monde saisi sauf…les politiciens pure souche.

 

Certains observateurs de la scène politique sénégalaise voient déjà en la personne de Karim Wade le candidat unique de l'opposition pour les élections présidentielles en 2019?

Tout citoyen sénégalais faisant preuve de dignité morale et soucieux du bon devenir du Sénégal est potentiel candidat aux élections présidentielles de 2019. Mais comme la majorité des sénégalais, j’aimerai bien au préalable avoir une explication sur ce que sont devenues les sommes astronomiques qui sont extorquées du patrimoine des sénégalais.

 

Qu'est-il devenu du mouvement Taxaw Temm dont vous étiez la Coordonnatrice adjointe? 

 

Depuis bientôt deux ans mon engagement politique s’est mué en un militantisme plus pragmatique et principalement citoyen. J’ai depuis cette époque gelée toutes mes activités au sein du mouvement ; mais je n’ai que des échos favorables sur l’évolution de cette organisation.

 

L'actualité politique nationale est d'une part dominée par l'emprisonnement de Khalifa Sall maire socialiste de Dakar et candidat déclaré aux présidentielles de 2019, que pensez-vous de son incarcération? 

 

Je trouve d’abord inadmissible que le Maire de la capitale, qui a une telle crédibilité locale et internationale soit traité de cette manière. Je n’accepte aucune prévarication des deniers publics, mais la justice peut bien suivre son cours afin de déterminer s’il est coupable ou pas sans qu’il soit mis en prison et humilié comme nous le constatons actuellement. Est-ce à dire que tout candidat potentiel aux élections présidentielles de 2019 aura des problèmes ? C’est apparemment le message que l’on veut bien faire passer.

 

Pensez-vous que Khalifa Sall a de bonnes chances pour être le prochain Président du Sénégal malgré qu'il soit actuellement en détention?

 

Seuls les sénégalais en décideront.

 

Certains leaders de l'opposition et de la société civile estiment être victimes d'une campagne ciblée de persécution de la part des actuels tenants du pouvoir, qu'en dîtes-vous?

 

C’est vrai qu’à l’approche de chaque échéance électorale, nous sentons la panique de perdre monter d’un cran. Mais pour moi, il y a opposition et opposition ; il y a ceux qui essayent de se « victimiser »  pour se faire un nom, il y a ceux qui passent la pommade à d’autres histoire de gagner des points et il y a ceux qui passent leur temps à chercher des solutions alternatives pour redresser ce pays.

 

Que pensez-vous des découvertes récentes de pétrole et de gaz faites Sénégal et de la gestion de ces hydrocarbures par le régime en place?

 

Vous connaissez ma sensibilité pour tout ce qui concerne l’environnement, le changement climatique et le développement durable. C’est donc à l’aune de cette sensibilité que j’essaie de donner mon approche sur cette question. Disposer de telles richesses dans notre sous-sol signifie que notre pays est très avantagé et que les retombées d’une telle aubaine sur les populations pourraient être prodigieuses. Malheureusement et comme à l’accoutumée, on constate beaucoup de bruits, de convoitise et d’opacité autour de ces découvertes alors qu’aucun pétrole et aucun gaz n’est encore exploité. A mon humble avis, il va falloir avoir une vue beaucoup plus profonde de notre rôle sur la détérioration de notre planète et prendre toutes dispositions qui s’impose pour ne pas hypothéquer notre avenir et celui des générations futures.

 

Dans tous les cas de figure, il faut que les sénégalais exigent une parfaite transparence dans ce domaine.

 

L'ancien inspecteur des impôts, et tête de file du mouvement Pastef, Ousmane Sonko, vient de publier un livre sur la gestion des hydrocarbures au Sénégal, que vous inspire ce personnage, vu dans le cadre strict de ses activités en tant que lanceur d'alertes ?

 

Je n’ai pas encore eu le privilège de serrer la main du sieur Sonko ; cependant face à toutes les injustices dont il a été victime en tant que lanceur d’alertes, j’ai eu à prendre sa défense à plusieurs reprises. C’est quelqu’un qui dérange et je suis solidaire de son combat.

 

Voyez-vous en lui un homme politique apte à assumer des responsabilités politiques à haut niveau?

 

Il fait partie des personnes qui incarnent le renouveau politique dans notre pays. Mais je ne le connais pas pour pouvoir émettre un tel jugement.

 

Que pensez-vous de l'entrée en politique de l'ancien Premier Ministre Abdoul Mbaye?

 

Je pense que le Premier Ministre Abdoul Mbaye,  en un an, a bien marqué son territoire. Tout comme le sieur Sonko, son entrée dans la sphère politique a permis de redonner de la vigueur à l’espace politique sénégalais et a contribué à élever le débat qui ma foi reste encore inapproprié dans la plupart des cas ! On sent en lui une farouche volonté de changer. Même si aujourd’hui l’expression « faire la politique autrement » est presque galvaudée, l’avènement des candidatures indépendantes va permettre aux citoyens sénégalais de ne plus se soumettre aux combats des chefs, aux inepties, aux discours creux et aux mensonges.

 

 Une partie de l'opinion publique nationale reproche à la presse d'être corrompue et impartiale dans le traitement de l'information, qu'en pensez-vous? 

 

Il faut avoir une certaine maitrise du milieu de la presse pour l’affirmer mordicus, je suis une professionnelle de la communication, je ne suis pas journaliste. Mais est-ce ça la chose essentielle ?! D’ailleurs quel secteur ne le serait pas ? Ce qui me chagrine c’est le traitement donné à l’information et la manière dont elle est diffusée. Il y a des journalistes qui font parfois leur boulot dans des conditions difficiles. C’est ce qu’il faut dénoncer car c’est facile de tirer sur les journalistes quand on sait à quel point pouvoir et patrons de presse s’entendent comme deux larrons en foire. Difficile donc de demander à nos journalistes des miracles dans le traitement de l’information à donner.

J’estime simplement que le rôle d’un journaliste professionnel est de donner l’information vraie mais également de donner le plaisir de lire au lecteur. Ce dernier doit, après avoir refermé son journal, pouvoir prétendre avoir appris quelque chose.

 

On peut noter ces derniers temps une recrudescence d'incendies, d'accidents de la circulation et de noyade entre autres, à quoi cela est-il lié selon vous? Quels conseils donnez-vous aux populations et aux pouvoirs publics?

 

Que voulez-vous que je vous dise! Nous n’avons toujours pas tiré toutes les leçons du drame du Diola ; ce que nous vivons actuellement n’est rien d’autre qu’une population laissée sans assistance et sans règle face à une multitude de défis de l’urbanisation et de la modernité.

Une dernière question Mme Dia, à part votre engagement citoyen, quel est votre engagement sur le plan professionnel ?

 

Sur le plan professionnel j’ai depuis peu décidé de promouvoir un projet d’entreprise qui correspondait le mieux à mes compétences : la communication. Dans un contexte où s’afficher avec efficacité est un droit et un besoin, l’idée d’une agence de communication me semblait un choix approprié. J’avais également une vision du futur qui permettrait d’intégrer la culture de l’excellence dans le travail. C’est ainsi que j’ai créé « Opal », une agence de communication d’un genre nouveau qui a pour ambition de révolutionner la communication en considérant le temps non pas comme une contrainte mais comme son meilleur atout. Opal est organisée autour de concepts novateurs qui lui permettent de répondre aux besoins de modernité des entreprises qui prend désormais en compte des paradigmes tels que la mobilité, la vitesse d’accès à l’information et la prépondérance de l’image. Il me tient à cœur que cette agence de communication puisse proposer un ensemble cohérent de services qui englobent à la fois les aspects du marketing et de la communication 2.0.

Opal a également un volet évènementiel culturel. A cet effet, j’ai organisé en collaboration avec le Festival de Jazz de Saint-Louis une exposition photos du célèbre photographe Samuel Nja Kwa intitulée « Route du  Jazz », qui raconte l’histoire musicale des Africains.

Je prépare pour l’année prochaine certainement une autre exposition sur l’esclavage intitulée « Impressions Mémorielles » toujours avec le même photographe.

 

Interview réalisée par Abd El Kader Niang

 

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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Abd El Kader Niang
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