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Exploitation et maltraitance des enfants dans les « daaras » au Sénégal : Une contribution à la discussion sur la problématique du phénomène social « talibé njaangan ».

Posté par: Abd El Kader Niang| Mercredi 06 mars, 2013 21:54  | Consulté 8783 fois  |  0 Réactions  |   

Il aura fallu d’une catastrophe, pour une fois de plus attirer l’attention des sénégalais en général et plus particulièrement celle des pouvoirs publics, des clergés et de l’intelligentsia sur le sort tragique des enfants « talibés » dans les « daaras » du Sénégal. Je déplore dans la plus grande consternation la fin brutale de ces enfants innocents, qui n’ont eu comme seul tort le fait d’être nés dans un pays où la négligence complaisante, l’indifférence romancée et l’hypocrisie généralisée semblent avoir pris le dessus sur le bons sens, la clairvoyance et le discernement. Je profite de l’occasion pour présenter aux familles éplorées mes condoléances les plus attristées dans ces moments douloureux.

Je ne peux en aucun moment concevoir qu’en l’an 2013, ici au Sénégal, des enfants soient maltraités, suppliciés et réduits à l’état de mendicité sous prétexte qu’on veut leur enseigner le Saint Coran ou inculquer un quelconque code de conduite sociale pour en faire paraît-il des gens humbles et modestes. Quel est alors le rôle de la puissance publique au Sénégal ? N’avons nous pas un Ministère de l’Éducation Nationale ?

Des enfants rachitiques, vêtus de haillons dans la brise matinale, pieds nus, errant sur les grandes artères de  Dakar, le corps lacéré par des coups de fouet, de leurs plaies mal cicatrisées s’écoulent un liquide jaunâtre, témoin des supplices corporels subis. Quel spectacle révoltant ! Est-ce là un aveu d’impuissance de la part de l’État ou est-ce les signes avant-coureurs d’une faillite collective prochaine? Des enfants meurent, tués par la barbarie et l’imbécilité, au vu et au su d’une société hypocrite et collaboratrice ! Qu’en est-il de l’État de droit au Sénégal ? Où est la justice dont-on nous parle à tout bout de chemin ? Que font les politiques pour enrayer ce phénomène une bonne fois pour toute ? Que dit la société civile sur cela ? Que pensent les élites intellectuelles sur cet état de fait scandaleux ? N’y-a-t-il pas d’autres moyens pour apprendre et enseigner le Saint Coran dans des conditions plus décentes sans pour autant réduire l’élève en esclave ou le contraindre à la mendicité ? Je me rappelle avoir suggéré, dans une correspondance via la plate-forme d’un réseau social, à Mr Ibrahima Sall, premier Ministre de l’Éducation Nationale sous le gouvernement Abdoul Mbaye, d'introduire l'enseignement du Saint Coran et des préceptes de  l'Islam dans les écoles, lycées, collèges et universités publics du Sénégal pour ainsi contribuer à faire abolir le phénomène social « talibé njaangan ». Certes j’ai eu écho, par le biais du site internet d’un organe de presse de la place, de l’intention de Mr Ibrahima Sall  de prendre des mesures allant dans ce sens (cf. http://www.lequotidien.sn/index.php/societe/item/13214-ecole--ibrahima-sall-annonce-l’enseignement-du-coran-et-des-autres-religions ), mais j’avoue par contre ignorer si réellement ladite mesure est entrée en vigueur.

L’enseignement du Saint Coran et de la catéchèse dans les établissements publics du Sénégal peuvent à la faveur d’une obligation générale de scolarité, assortie à une politique efficace de lutte contre la pauvreté et à un régime de prise en charge sociale élargie dans le cadre d’un État-providence , aider à inciter les parents à ne plus envoyer leurs enfants dans les « daaras » et donc à les envoyer à l’école sous peine de sanction civile et/ou pénale (y compris la possibilité de retrait de l’autorité parentale). Ainsi les « daaras » vont-ils devoir fermer portes faute de « talibés ».

L’idéal serait en tout état de cause de fermer tous ces « daaras » manu militari. En effet il y a amplement matière à ester en justice pour l’État du Sénégal et d’obtenir gain de cause avec à la clé des poursuites judiciaires à l’encontre de ces « oustazes ». Il incombe au Chef de l’État, Mr Macky Sall, au Premier Ministre Mr Abdoul Mbaye et à l’ensemble du Gouvernement de la République du Sénégal de mettre fin à ces pratiques barbares, discriminatoires et rétrogrades par le moyen de l’usage de la contrainte légale.

Il nous revient à nous autres intellectuels, artistes, musiciens, cinéastes, leaders d’opinion etc. d’attirer les regards de l’opinion publique nationale et internationale sur le fléau social que constituent les « daaras ». Le seul fait que la majorité des sénégalais trouvent ce phénomène « normal » renseigne sur le degré d’incrustation de ce fléau dans nos mentalités. Et c’est justement au niveau des mentalités que le travail de base doit commencer. Le travail de prise de conscience des masses pauvres et illettrées sur le destin tragique de ces enfants « talibés » condamnés dès le bas-âge à la mendicité, à l’errance et aux supplices quotidiennes. On peut bien apprendre le Coran tout comme la littérature, les mathématiques, l’anglais ou la géographie sans pour autant être la proie de nervis de la violence gratuite, de pédophiles sans vergogne ou d’adultes véreux qui ont fait de la mendicité de ces enfants un commerce lucratif. J’invite les différents clergés musulmans du Sénégal à organiser ensemble les états généraux du culte musulman et à réformer la pédagogie dans l’enseignement du Saint Coran au Sénégal. J’exhorte les candidats aux élections locales de 2014 de prendre clairement position contre les « daaras » qui sont implantés dans leurs circonscriptions respectives. J’invite solennellement les jeunes du mouvement citoyen « Y En A Marre » à dire haut et fort y en à marre des « daaras ». J’ose imaginer que s’ils mettent dans un front collectif  « anti-daaras » la même énergie que celle de la contestation anti-wade, les « daaras » vont bientôt disparaître du paysage sénégalais et ne seront plus qu’un vilain souvenir dans la mémoire collective des sénégalais. J’exige des partis et mouvements membres du M23 d’inscrire dans leurs chartes et programmes respectifs des clauses qui prévoient l’éradication totale des « daaras » sous toute leur forme et sur toute la superficie du Sénégal. En conclusion j’exige de la part du Chef de l’État et du Gouvernement de la République du Sénégal une plus grande fermeté sur le dossier des « daaras » et des « talibés njaangan », afin d’abolir le plus rapidement possible ce phénomène qui gangrène notre société.

 

Abd El Kader Niang

Analyste politique

 

 

 

 

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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Abd El Kader Niang
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