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De la violence dans les espaces universitaires au Sénégal

Posté par: Abd El Kader Niang| Lundi 03 août, 2015 16:08  | Consulté 1263 fois  |  1 Réactions  |   

Les campus universitaires sénégalais sont depuis plusieurs décennies caractérisés par une violence extrême émanant d’une part des étudiants eux-mêmes, généralement dans le cadre des renouvellements des instances dirigeantes des associations estudiantines, des inscriptions académiques et des procédures de codification et d’autre part des forces de sécurité chargées de maintenir l’ordre public ou de le rétablir lorsque celui-ci venait à être troublé, ce qui régulièrement le cas dans les universités publiques du Sénégal. Cependant une simple observation empirique de ce phénomène peut conduire à affirmer ou à en déduire que les étudiants sont par essence des individus violents ou encore que les éléments de la police anti-émeute sont tout aussi violents que les premiers. Mais cette violence physique manifeste que l’on peut observer dans les universités du Sénégal est-elle uniquement un mal propre aux étudiants et à leurs, bien malgré eux, partenaires incontournables au dialogue social, à savoir les forces de l’ordre ? Ou est-ce le simple reflet d’une autre problématique plus complexe qu’est cette violence tacite, invisible et parfois inaudible qui est malheureusement immanente au fonctionnement de l’appareil social sénégalais ?  Qui au Sénégal, pour ceux qui sont d’une certaine génération, ne se souvient pas de ces séances de correction au fouet en classe au cours primaire élémentaire pour une simple faute de grammaire lors d’une dictée dans une langue qui à l’origine n’était pas la nôtre ? Qui parmi ceux de ma génération ne se souvient pas de ces brimades en classe pour une retenue qu’on a oubliée lors d’un exercice de calcul ou pour une simple réponse fausse après une interrogation dite surprise…? Est-ce que vous vous souvenez de cette chicotte que brandissait l’instituteur, que l’on appelait… Maître…, à l’époque, pour menacer de punition ceux qui allaient passer à côté en récitant leur leçon ou ceux qui ne maitrisaient pas leur table de multiplication ? Qu’en est-il de la cour de récréation ? Elle est en principe une aire de jeu et de recréation parce que l’esprit humain est censé se recréer en se récréant, mais c’était de notre temps un laboratoire expérimental des conflits sociaux contemporains et futurs d’un  Sénégal hybride et confus, elle était en fait l’antichambre de la violence au Sénégal, pays qui se cherche toujours ! Quid des conditions dans lesquelles on a appris le Saint Coran sans l’avoir vraiment compris parce qu’à l’époque nous étions tout petits, nous ne comprenions pas cette belle langue qu’est l’arabe qui nous venait de l’Orient et qui se fait écrire de la droite vers la gauche ? On se faisait gifler, pincer et fouetter parce qu’on a mal prononcé une syllabe ou oublié un mot en récitant une sourate ! Mais on s’estimait heureux en voyant nos jeunes congénères talibés qui eux étaient et malheureusement sont toujours la personnification même de la victime même de la violence physique et de la maltraitance psychique au Sénégal. Et qu’est-il de violence au sein même du cadre familial ? Quel est jeune enfant sénégalais n’a pas fait les frais d’un père en colère, d’une mère débordée ou d’un grand-frère brutal ?

Donc pour revenir à notre sujet après cette digression, la violence dans les universités sénégalaises n’est pas un mal exclusivement estudiantin. Elle est l’expression la plus visible d’un mal plus général voire collectif qu’est la violence insidieuse qui sévit au Sénégal. L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar est le segment le plus  représentatif de la société sénégalaise, elle est en fait le Sénégal sous sa forme fractionnaire. On y verra toutes les formations politiques que compte le Sénégal. Les tariqas et les dahiras y font légion. Les syndicats y ont leurs séides, très rigides lorsqu’il s’agit de défendre leurs propres intérêts et très souples lorsqu’il s’agit de larguer leurs camarades. Vous verrez sur le campus de l’UCAD des vertueux, tout comme des pervers ; des croyants pieux tout comme des athées, des anticléricaux et antireligieux et des nervis tout comme des non-violents. Le mal principal dont souffre l’Université de Dakar c’est la politisation à outrance de l’espace universitaire en d’autres termes l’hyperpolitique. Rien de ne s’y fait sans que la politique ne s’en mêle, tout s’y fait avec de la politique. Le campus social n’est pas l’espace vital qu’il est censé être, il ne sert pas de cadre de vie agréable pour l’autoréalisation de l’étudiant, il est bien au contraire un champ de bataille où s’affrontent les partis politiques par groupuscules interposés. En plus de cela les confréries s’y mènent une guerre rude pour prendre le contrôle sur l’espace. Le périmètre du campus de l’UCAD accueille des conférences et causeries « religieuses » à n’en plus finir, les cantiques nocturnes et cérémonies des différentes dahiras posent un véritable problème de tapage et de pollution sonores et constituent un sérieux risque pour la cohabitation pacifique entres les communautés et le bon voisinage entre étudiants, c’est la surreligion ou le totalitarisme religieux. A cela s’ajoute le fait que le plus souvent les locaux et aires mis à la disposition des étudiants à des fins strictement éducatives sont détournés de leurs objectifs initiaux, pour servir de salles de rassemblements politiques, de réunions syndicales ou d’activités commerciales.

La Constitution du Sénégal consacrant le droit fondamental à l’expression, à l’association et à la manifestation, les espaces universitaires publics du Sénégal deviennent ainsi par excellence le lieu de prédilection pour la mise en œuvre pratique de ces libertés publiques. L’étudiant et surtout le pensionnaire du campus social devient ainsi un acteur-clé dans le jeu politique. Il est jeune, instruit et électeur potentiel, ces attributs font de lui le récipiendaire d’un discours politicien qui n’est pas forcément le sien. Au gré des concours de circonstances, l’étudiant se trouve être à tort ou à raison le porte-voix d’une frange de la société qui se sent être les laissés pour compte des politiques publiques inadaptées ou parfois complètement absentes du fait du manque de vision globale qu’est la chose publique. Quand alors l’opportunisme politique et intérêts crypto-personnels s’y mêlent la divergence d’opinion mène droit purement et simplement à la confrontation. Le rapport des forces n’étant pas les mêmes selon les ressources de part et d’autre de l’échiquier politique, l’université devient alors le théâtre d’affrontements violents entre des protagonistes qui selon une certaine logique opportuniste voire perverse peuvent être des alliés de circonstances ou des ennemis jurés. Une certaine critique se focalise alors sur l’université et non pas la société dans sa globalité. En lieu et place de l’homini senegalensis, qu’est le sénégalais en tant que produit, élément et facteur à la fois d’un système en faillite, c’est l’étudiant qui est pris dans le collimateur de la critique. Les universités publiques sénégalaises font l’objet d’une politisation abusive tant au  niveau académique que social. Le mérite et le savoir-faire ont cédé la place à la proximité et à la coloration politiques. L’étudiant est une victime parfois complice parfois innocente d’une instrumentalisation politicienne.

Repensons le Sénégal, et les universités sénégalaises seront repensées ! Repensons l’hominem senegalentem et l’étudiant sénégalais sera repensé ! Il nous faut une rééducation collective, un redressement national.

 

Abd El Kader Niang

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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Anonyme En Août, 2015 (21:09 PM) 0 FansN°:1
Bien dit

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Abd El Kader Niang
Blog crée le 13/12/2011 Visité 343799 fois 55 Articles 8171 Commentaires 14 Abonnés

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