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Chroniques d’un séjour au pays natal

Posté par: Abd El Kader Niang| Vendredi 16 octobre, 2015 21:10  | Consulté 596 fois  |  0 Réactions  |   

Il suffit de faire un tour dans la capitale sénégalaise pour se rendre compte de l’état de délabrement avancé des infrastructures et édifices publics datant de l’ère coloniale, qui cependant malgré leur léthargie manifeste semblent faire montre de plus de sécurité et de fiabilité que les bâtiments et autres réalisations du Sénégal postcolonial. On dirait que ces immeubles du Sénégal colonisé, vestiges d’un âge sombre pour le Peuple Sénégalais, veulent lancer un message tacite mais éloquent aux élites politiques du Sénégal indépendant. Un message d’affront, d’indifférence et de défi envers ces élites. Ils résistent aux insolences du temps, aux caprices de la nature et à la négligence des hommes, de certains hommes, de ceux-là qui ont en principe pour mission de s’occuper correctement d’eux, les vieux bâtiments d’aujourd’hui. Mais comme pour tenir tête à l’usure et faire montre de leur vivacité, ils tiennent bon. Par contre les nouveaux édifices de la nouvelle époque eux n’ont pas bonne mine. Certains d’entre eux sont déjà hors d’usage et désaffectés, d’autres se sont déjà écroulés faute de d’aplomb et de courage. Et pourtant les vieilles bâtisses elles ne réclament rien, on leur doit une reconnaissance, oui une certaine reconnaissance, parce qu’elles abritent nos institutions et ceux qui les incarnent, mais elles restent braves et stoïques malgré cette ingratitude. Les nouveaux édifices sont quant à eux d’une arrogance innommable et d’un luxe insolent. Et pour cause on les a fait sortir de terre à coups de milliards et elles servent d’abri aux parvenus. Ces buildings sont ingrats, grossiers et sans aucun charme. L’avidité, la rancune et l’insouciance les ont rongés, ils s’effondrent sous le poids de leur orgueil.

L’ordre ancien et le nouvel ordre se livrent une bataille féroce et inaudible. C’est une dialectique entre deux systèmes : la colonisation et les indépendances. La négligence, le manque de vision et l’absence de volonté du décolonisé, semble donner raison au colon sur ce celui-ci. L’occupation coloniale a été dure, injuste et brutale pour le sénégalais, mais le laxisme de ce dernier une fois qu’il a recouvré son indépendance, semble légitimer le fondement de la rhétorique de l’argumentation coloniale : « Sans nous, vous n’êtes rien », pourrait-on en déduire ! Voyez la place qui se fait appeler « Place de l’Indépendance »  à Dakar, elle est sale, mal entretenue et délabrée. Pour rappel le Sénégal a été une colonie de la France de 1814 à 1960, donc durant cent quarante-cinq longues années de violence, d’injustice et de brutalité, il aurait été souhaitable que l’espace qui célèbre la libération du Sénégal du joug colonial de la France mérite un meilleur sort. La place dite de « l’Indépendance » est censée incarner un Sénégal libre, fier et renaissant ; une jeune nation qui aspire au progrès, à la prospérité et à l’autoréalisation et une jeune république sûre d’elle, stable et entreprenante ! Mais bien au contraire cette place semble être la place du désenchantement, de la désillusion et de la gueule de bois. Les badauds, vendeurs à la sauvette et mendiants qui y trainent à longueur de journée semblent donner un spectacle de rêve brisé, d’espoir perdu et de résignation face à un destin d’homme libre pour lequel le sénégalais n’a pas été préparé. En fait la colonisation et les traites négrières arabo-maghrébine et transatlantique ont fait de l’homme noir un être conditionné à vivre et à n’exister que dans la condition de  servitude. L’essence de son existence c’est la sujétion, la liberté le désoriente et le prive de ses réflexes de survie. Il est déboussolé et encore plus vulnérable une fois en dehors des prismes de la tutelle du maître. Il vit esclave et meurt libre. Et donc il a choisi de vivre et d’être par conséquent esclave.

Mais ce siècle et demie d’occupation semble avoir été d’un apport si bénéfique, vu les réalisations qui ont été faites, au point que l’on est amené à croire que les indépendances ont été une erreur fatale pour le Sénégal. L’ordre politique, les structures et les infrastructures que colon a légué à son successeur décolonisé sont d’une telle organisation que l’on croirait qu’elles soient le meilleur apanage que puisse arborer le Sénégal de l’après-indépendance. Mais très tôt ce legs d’inspiration hellène s’est noirci en voulant s’africaniser ! Et enfin de compte il n’était plus hellène et n’est pas devenu afro-nègre. Il est devenu hybride, amorphe et incomestible. Nombreux sont ces sénégalais qui regrettent les indépendances et qui parlent du Sénégal des années cinquante et d’avant la mort dans l’âme. Ils se sentent trahis et semblent avoir été pris au piège par un discours lyrique rappelant la France et ses poètes mais au contenu vide de tout projet politique viable pour l’homo senegalens. A quoi sert une indépendance s’il faut s’exiler et trouver refuge dans l’ancienne mère-patrie ? A quoi bon d’être libre, s’il faut tendre la main pour avoir de quoi vivre ?  

 

Abd El Kader Niang

 L'auteur  Abd El Kader Niang
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Abd El Kader Niang
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